Une banlieusarde en voyage.

Cet article est un « must read » car il décrit bien ce que peuvent ressentir certains jeunes partant en échange, stage ou autre à l’étranger. Entre être français ou être « français » car d’origine autre, la perception des autres ou de nos compatriotes, le respect des uns et l’ignorance des autres.

Cet article raconte une réalité et c’est mon article de la journée !

Fondamentalement différente 

Avec cet article je ne généralise pas, mais relate une expérience. Se sont les mots que j’ai écris le jour même (4 juin) et que je vous livre tel qu’ils étaient sans modifications.

Après être sorti de Sevdah Art House, j’ai commencé à écrire là où nous sommes aller déjeuner

Ça devait arriver… En sortant de ce superbe café, kuća Sevdaha, au détour d’une terrasse nous sommes passer devant une table avec 5 enfants et 1 jeune femme.
J’ai senti leur regards et je me suis sentie tout de suite inconfortable, j’ai tourné le regard, et c’est en voyant le visage de mes amies que j’ai compris. En les regardant à nouveau, j’ai compris que c’était ce que je pensais, ils ricanaient en me regardant.

Devrais-je dire qu’on m’avait prévenu ? Devrais-je dire que je m’y attendais et que c’est OK? Je dois avoué que c’est tout de même douloureux, d’être observée et moquée à cause de sa couleur de peau. Il y a un mélange de malaise

Je n’ai pas fini cette partie car nous avons dû sortir du restaurant, pour aller à notre « lecture » (session) suivanteA la sortie du restaurant, je me suis retrouvée face à un groupe d’enfants, qui regardaient dans ma direction d’un regard perçant. Ne voulant pas être paranoïaque je suis allée me mettre plus loin dernière deux Amies-Fellows. Hélas même cela n’a rien changé… Ils m’observaient, leur regards intenses et un mélange de tant de choses. Une vingtaine d’yeux. Incompréhension. Anormalité. Étrange. Bizarre. Berk. Étonnant Spectacle. Pourquoi. Méchanceté. 

Durant la Session j’ai donc écris des brides de pensées …

L’enfance. J’ai toujours pensé que j’étais prête à répondre au racisme, avec sagesse ou colère. Répondre à l’ignorance des uns et m’énerver face à la haine des autres. Finalement je me suis retrouvée désarmer par des enfants ! Les mesquineries des uns et les regards perçants des autres ont eu raison de moi. Deux incidents en une journée, le sentiment d’être observée comme quelque chose d’anormale, ou d’étrange, un racisme inscrit au plus profond de leur ignorance ou de leur innocence. Je ne sais pas… Cela m’a désarmé, m’a blessé.

Victime de racisme – du racisme. Je ne me vois pas déclarer avoir été victime de racisme car il y a des cas tellement plus grave ! Mais je pense avoir été victime du racisme, de son héritage et de ceux qui le nourrisse de haine ou d’ignorance.

Honte? Avec du recul il est également intéressant d’analyser le sentiment de honte. J’avais honte que l’on me voit si vulnérable, tout d’abords. Honte d’avoir le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’horrible. Être regardé en victime est aussi difficile. Honte que ces enfants aient eu raison de moi. Et enfin honte, d’avoir été, sur trois personnes de couleur, celle qui a été ciblée ou celle qui à craqué. Là tout de suite j’ai le rire d’une participante au Fellowship en tête. Je ne sais toujours pas si elle rigolait de la situation comme si j’étais une personne qui aurait dû vivre ce genre de choses plus tôt  ou si elle rigolait du fait que l’on essayait de me faire me sentir mieux malgré mes yeux rouges…

Ces petites rencontres… En Bosnie #3 – “Hi, You are beautiful”

Alors que nous marchions dans Sarajevo, un jeune homme qui vend de la nourriture au bord de la route me salua. J’ai donc répondu au bonjour avant de me replonger dans la conversation que j’avais avec deux personnes de mon programme. Quand l’un des Fellows, venant du Danemark, s’exclama « That is so offensive! ». La Fellow, venant de Bosnie, qui était en train de parler, s’arrêta perplexe sans comprendre (de même pour moi). Nous étions perdues. Il s’expliqua: ce jeune homme était « offensive » parce qu’il m’avait pas seulement dit bonjour, mais avait également ajouté « You are Beautiful ».

Je n’ai pas compris pourquoi il avait trouvé cela offensant, particulièrement parce qu’il est un homme. Je lui ai donc demandé ce soir là, pourquoi pensait-il ainsi. Il reprochait au jeune homme de s’être octroyé le droit d’avoir une opinion sur moi et de l’exprimer ainsi, sans considération pour moi. Cette action était selon lui directement agressive et offensante, une véritable intrusion.

Je ne souhaitais pas juste relater des faits, mais réfléchir à ce qu’il s’était passé… Et j’ai mis 3 soirs à coucher des mots sur mon clavier. Les choses sont ni noirs ni blanches, mais très complexes. Les mots à venir sont des pistes de réflexions et non pas d’inévitable réponses. 

Homme. J’ai tout d’abord été surprise. Venant d’un homme, je ne m’attendais pas à cette réaction, ces mots (comme premier avis). J’ai surement plus eu l’habitude de voir des hommes faire plus ou moins ce type de commentaires que d’en voir protester contre. Je ne dis pas que tous les hommes sont ainsi, juste que de mon vécu j’ai bien plus connus ce type d’interpellations, que de soutiens contre celles-ci. Est-ce une question d’éducation? De culture? Je ne peux bien sur rien affirmer. Mais après avoir parler avec mon ami, il m’a parlé du Danemark et de lui. Il se qualifie comme un féministe, et perçoit donc ce type de réaction comme une attaque et un manque de respect. Comment un homme peut se donner le droit d’interpeller une inconnue et lui dire ce qu’il pense d’elle, sans se soucier de ce que ça pourrait lui faire? (En gros) Il a également ajouté que cela ne se passe pas souvent au Danemark (en tout cas de son vécu).

Femme mais pas seulement. Vint mon tours d’expliquer ma réaction, car il m’avait trouvé très calme. Je lui ai alors expliqué qu’en venant ici, j’avais plus eu peur d’un rejet total du fait que la femme noire ne fait pas partie des principaux critères de beauté en général. Peut-être suis-je dramatique mais, je m’attendais à une forme de dégout ou d’indifférence. De ce fait, lorsque ce jeune homme m’a salué j’ai tout simplement répondu (politesse) mais je n’ai même pas fait attention/entendu ce qu’il a ajouté ensuite. Et lorsque mon camarade m’en a informé, je n’étais ni choquée ni (je ne sais pas).

Perception. En lui expliquant, que par rapport aux personnes m’ayant dit qu’il pensait que je souffrirai de beaucoup de racisme là-bas, je suis contente lorsque je vois que je n’ai pas ce genre d’attitude envers moi. Ce qui fait peut-être que « Hi, you are beautiful » ne m’a pas  parut être une attaque, car j’aurai pu être attaquée pour une autre raison… Mon ami à ce moment là réalisa – conscient que l’intersectionnalité existe – que dans mon cas j’avais aussi cette double identité (femme – noire) et que par conséquent je pouvais comme je pouvais ne pas être blessée par une forme « d’attaque » telle que celle-ci, sachant qu’une autre pouvait être pire.

Ces petites rencontres… En Bosnie #2 – « Brown girl »

Mon premier lundi à Sarajevo, nous sommes allés le soir au Kino Bosna, un cinéma datant de l’époque de la Yougoslavie et qui est à présent reconverti en bar. Cet endroit est très apprécié, les habitants de Sarajevo s’y retrouvent pour boire, discuter et écouter des musiciens traditionnels qui passent de table en table. En arrivant l’atmosphère est un peu oppressante car je ne suis pas habituée aux espaces clos où il est possible de fumer, mais il respire en même temps la joie de vivre!

Nous nous asseyons avec nos amis. Une ou deux heures plus tard, un homme vient s’accroupir près de ma chaise. Après m’avoir salué il me dit: « I have ask the lady that owns the place if she could introduce me to the brown girl, but she said she can introduce me to a Greek girl » je pouvais voir la vieille dame intriguée pas trop loin. C’était marrant. Et puis il continuait à me dire qu’il avait vraiment insister pour parler à la « Brown girl » et a fini par venir me parler.
Le choix de mot est intéressant et je ne saurai l’expliquer. Mais il ne m’a pas qualifié de « Black » – dénomination bien plus courante – et du coup j’y ai trouvé quelque chose de moins « racialisant », plutôt tourné vers une caractéristique esthétique-physique.  Je ne saurais dire s’il a consciemment choisi ses mots mais cela m’a marqué. Qu’en pensez-vous ?

Puis il me demanda d’où je venais. Dire que je viens de France fait souvent sourciller en premier lieu, puis il me demanda si je venais d’Afrique, si j’étais « a Nubian » (référence je pense à l’image de la « Princesse Nubienne »). Lorsque j’ai mentionné la Guadeloupe, à ma grande surprise il s’excusa plusieurs fois pour son ignorance. Cela ne m’avait pas offensé et je ne souhaitais pas que s’installe une relation de domination. Il ne me dominerait pas en tant qu’homme et je ne le dominerai pas par mes « connaissances ». On a ensuite échangé sur Paris, qui a son sens était une ville ennuyeuse. Avant de repartir, il m’a demandé s’il pourrait revenir me parler car il avait de nombreuses questions à me poser. Cette curiosité ne me dérangeant pas parce que je ne l’ai pas perçu comme négative, je lui ai répondu qu’il n’y aurai pas de problèmes et que je répondrai à ce qui me conviendra. Mais nous ne nous sommes pas reparlé ce soir là…

Mise à jour, 5 Juin:
Mes amis et moi sommes par la suite aller à une autre soirée ce soir là. Je ne pensais pas le rencontré à nouveau, mais hier soir j’ai réalisé au combien Sarajevo était petit en le rencontrant à la Mucha Lucha (4 Juin). Fun fact: il m’a appelé « Guadeloupe ». Nous n’avons pas eu le temps de parler car, j’ai fais une nouvelle rencontre très marrante ce soir là.

Ces petites rencontres… En Bosnie #1 – « Toi, tu es française?! »

Le jour suivant mon arrivée à Sarajevo, je suis entrée avec mes deux colocataires dans une petite épicerie de quartier près du parc Kosevo. Un homme à la caisse nous entendant parler anglais, nous à demander d’où nous venions, tout en continuant à faire face au caissier. Tour à tour nous avons donné notre nationalité. En entendant ma nationalité il se tourna en demandant « Oh qui est français? » et j’ai donc répondu « moi », il a alors réagi en disant  « Toi, tu es française?! ». Je n’ai pu répondre que « oui, moi je suis Française » et nous sommes parti chacun de notre côté.

Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, souvent il s’agit d’une grande surprise et parfois les gens ne me croient pas. Cela m’était arriver souvent en Tanzanie, ils ajoutaient « But originally, where are you from? » Apparemment ce jour là il ne semblait pas ni me croire ni intéressé… ahahah

« Qu’est-ce que tu vas f**tr* en Bosnie? »

Si le titre de cet article peu paraître vulgaire (ce ne sera pas le cas de son contenu), il s’agit d’une question qui m’a souvent été posé, plus ou moins en ces termes.

Je souhaitais participer à un programme « Humanity In Action » sur Paris pour mieux comprendre mon pays, sa diversité et les difficultés qu’il traverse en terme de droits humains (et tant d’autres problèmes sociaux). Il s’agit à la fois d’un programme d’études, de recherches et de discussion. Cependant, le programme parisien à été annulé et ils m’ont transféré vers le programme en Bosnie-Herzégovine.

Non, la Bosnie ne faisait pas partie de mon TOP10 des pays à visiter, mais…

Voilà ce n’était pas un choix en soi, mais j’ai tout de même choisi d’accepter et d’y aller. Ce qui est intéressant c’est qu’il s’agit de ma première fois en Europe de l’Est. Je ne connaissais de la Bosnie-Herzégovine que son histoire, et ce de manière superficielle et scolaire devrais-je dire. Il s’agissait donc d’une belle opportunité de découvrir un nouveau pays, sa culture, son histoire et les enjeux auquels il fait fasse.

« Mais ne sont-ils pas racistes ?! »

Well, voilà la seconde remarque qui m’a souvent été faite. Et à vrai dire j’ai fini par y croire, m’en convaincre et à appréhender ce petit choc culturel. Puis un ami un jour m’a dit « ce n’est pas forcément du racisme, ils vont surement plus être intéressé par ton côté « exotique » ».
Exotisme ou racisme, je serai amené à le savoir bien assez tôt de toutes les façons. Mais l’appréhension est je pense normal et en même temps un organisme tel que Humanity in Action ne m’aurait pas envoyé dans un pays si je courrais un danger. Donc, voilà ma petite mission sera de vérifier ce stéréotype et je l’espère, de le casser pour que mes petits Black Frenchies se rassurent.

Anyway… Je suis trop heureuse de repartir à la découverte! Aller en route !